Imaginez vous assis sous un arbre de Blossac dépouillé de ces feuilles. Prenez le plus grand, le plus original, le plus drôle. Vous êtes seul, mais c'est ce qui vous subjugue au fond. Comme si vous étiez le survivant d'un massacre de la masse blafarde et inerte qui vous entoure habituellement.
Maintenant, vous pouvez sortir un crayon. Personne ne vous attend, vous n'attendez personne. S'il y a bien quelque chose à retenir, c'est qu'il ne faut jamais attendre quelque chose des gens ou de la vie. Cet état de solitude n'est pas ponctuel. Non, vous n'attendez pas à la gare le premier wagon qui passe pour l'empoigner, vous y accrocher puis fuir vers une destination inconnue pour oublier. Vous êtes sous le chêne le plus caduc du parc, et vous demeurez sans but précis. Le temps passe, sans que vous vous en rendiez compte. Il coule, s'échappe, vous échappe. Ne regardez pas en arrière, laissez le passé là où il s'éternise. De toute façon, les souvenirs sont vagues, et quand ils refont surface, vous coulez. Ne vous laissez pas engloutir par le futur, il est incompréhensible, invisible, inexplicable et indéchiffrable. Contentez vous de regarder votre stylo. Laissez votre main se débattre et s'abandonner. Vous pouvez même fermer les yeux. Vivez l'instant présent. C'est tellement savoureux cette sensation de liberté. Et ne vous en fait pas si ce carnet, vous savez, celui que vous avez sorti de votre poche avec le crayon, ressemble à un brouillon.
L'araignée foire toujours sa première toile.